La génèse, nous n’avons rien inventé

Raconter ses premiers souvenirs de voyage à vélo, c’est un peu comme ouvrir un vieux coffre rempli de cartes jaunies et de rêves encore vibrants. Avec le recul de plusieurs décennies, on réalise à quel point les temps ont changé et combien le vélo, à l’époque, représentait bien plus qu’un simple moyen de déplacement.

photo souvenir de mon premier voyage à vélo

Aujourd’hui, on parle volontiers de vélo « urbain » ou de pratique sportive. Mais dans les années 1970, le voyage à vélo était encore une aventure à part entière, une manière de s’évader du quotidien, de retrouver un goût de liberté que les voitures et les trains avaient peu à peu fait disparaître.

La naissance d’une idée

Nous étions jeunes, mariés, installés dans un petit village du Jura, entourés de forêts et de collines. Mon épouse, institutrice, bénéficiait d’un logement de fonction typique de l’époque, rustique mais plein de charme. Notre fille venait de naître, et, après des années rythmées par le travail et les obligations, nous avions besoin d’un grand bol d’air.

Quand notre petite put passer deux semaines chez sa grand-mère, l’idée d’un voyage s’est imposée naturellement. Mais pas n’importe quel voyage : un départ à vélo. Était-ce la curiosité, un besoin de changement, ou juste l’envie de ralentir ? Difficile à dire. Toujours est-il que nous avons décidé de troquer notre vénérable Peugeot 403 contre deux vélos.

Trouver nos montures

À l’époque, les vélocistes n’étaient pas légion. On trouvait surtout d’anciens coureurs reconvertis, bricolant des demi-courses à partir de pièces éparses. Le mien m’a dégotté un superbe vélo rouge, équipé d’un double plateau en acier de 52 et 45 dents. « Avec ça, vous pourrez grimper aux murs », m’a-t-il assuré, un brin moqueur.

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catalogue de la marque de velo lejeune

Le vélo de mon épouse, lui, fut plus difficile à adapter. À partir de son modèle de ville, on ajouta un double plateau et quatre pignons à l’arrière. Pas vraiment un vélo de montagne, mais suffisant pour nos ambitions !

Les préparatifs

Nous avons commencé à nous entraîner sur une dizaine de kilomètres quotidiens, sur terrain plat. Autant dire que notre forme physique reposait surtout sur l’optimisme. Notre itinéraire, lui, prenait forme : un aller-retour jusqu’à Venise, en passant par l’Autriche à l’aller et par les lacs italiens au retour.

Côté équipement, nous avions récupéré deux paires de vieilles sacoches et une tente canadienne en coton de six kilos. Avec le matériel de camping, quelques vêtements et de quoi cuisiner, chaque vélo portait près de vingt kilos à l’arrière. Le minimalisme n’était pas encore à la mode.

Le grand départ

Nous sommes partis un matin d’été, le cœur serré à l’idée de laisser notre fille, mais excités par cette première aventure. Les premiers kilomètres furent faciles jusqu’à Champagnole, plus laborieux jusqu’à Pontarlier, puis nous avons franchi la frontière suisse.

La fameuse côte à deux chevrons de Fleurier celle que j’avais repérée sur la carte Michelin fut notre première épreuve. Trois kilomètres à plus de 10 %, avalés avec fierté. Ce soir-là, nous avons campé au bord du lac de Neuchâtel, fatigués mais heureux.

La route et ses surprises

En Suisse, nous avons découvert un pays accueillant pour les cyclistes, même sur les routes principales. Un jour de pluie, un cycliste local nous expliqua que ces vallées étaient « l’entonnoir de la Suisse », où toutes les perturbations venaient s’accumuler. Il n’avait pas tort.

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les premiers porte velo de voiture

Sous des trombes d’eau, nous avons continué, croisant un groupe de coureurs utilisant des gants de cuisine en latex contre la pluie — une image que je n’ai jamais oubliée. Trempés jusqu’à l’os, nous fûmes réconfortés par une famille néerlandaise qui nous apporta deux bols de soupe fumante. Ce soir-là, la solidarité du voyage prit tout son sens.

Vers l’Italie

Après un court passage au Liechtenstein, une nuit glaciale à Feldkirch et un rhume carabiné pour Josette, nous avons pris le train pour franchir le col de l’Arlberg. Puis, après un dernier col, le Reichenpass, nous avons atteint l’Italie. Le soleil revint aussitôt, dissipant la fatigue et la pluie.

Les villes défilèrent : Merano, Bolzano, Trente, puis le lac de Garde. La chaleur était écrasante, mais le plaisir de rouler enfin sous un ciel bleu valait bien quelques coups de soleil.

Venise fut atteinte après plusieurs jours de route. Nous avons pris le ferry pour le Lido, retrouvant le camping de notre voyage de noces. Nostalgie, fierté, et un sentiment d’accomplissement nous envahissaient.

Le retour

Pour le chemin inverse, nous avons longé les lacs italiens, traversé le Piémont, puis repris le train à Domodossola pour franchir le Simplon. En Suisse, la pluie était de retour, le vent violent, mais nous tenions bon.

Le dernier jour, un orage nous a accompagnés jusqu’à la frontière. Trempés, épuisés, mais le sourire aux lèvres, nous avons terminé notre périple dans la voiture de mon beau-père, à quelques kilomètres de la maison.

Et après ?

Ce premier voyage à vélo fut une révélation. Une aventure simple, humaine, où chaque montée, chaque rencontre, chaque bivouac forgeait un souvenir indélébile.

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Avec le recul, on réalise que voyager à vélo, c’est bien plus qu’un moyen de transport : c’est une manière de vivre, de redécouvrir la lenteur, la nature et la liberté.

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